Vendre sa plume pour prendre confiance

Catégories Réflexions sur l'écriture

Aujourd’hui, je vous retrouve pour un article que je n’aurais jamais imaginé écrire il y a un an. Et pourtant… Derrière ce titre, se cache une réflexion sur la professionnalisation de l’activité d’écriture et tout ce que cela peut apporter de positif à un auteur en devenir. Bien sûr, je me base sur ma propre expérience. Elle n’est en aucun cas une vérité universelle ou une recette miracle. Le but est juste de revenir sur quelque chose qui m’a beaucoup aidée à prendre confiance, à une période où j’en avais besoin.

Se professionnaliser, ou sauter dans le vide

La vie est faite d’opportunités qu’il faut savoir saisir. Pour moi, tout a commencé par une petite annonce sponsorisée sur Facebook. Elle ne payait pas de mine. Une start-up recherchait des rédacteurs de contes pour enfants. Curieuse, j’ai cliqué. Et j’ai postulé, malgré le peu de détails fournis. Je n’avais rien à perdre, tout à tenter. Maintenant que j’ai du recul, je réalise à quel point j’ai eu raison de me lancer, même si sur le coup, j’avais l’impression de sauter dans le vide.

Quand on est un auteur amateur, on s’imagine un peu naïvement que la publication d’un roman (ou autre) est la seule voie de professionnalisation. Déjà, il faut comprendre que ce n’est pas forcément vrai. En effet, nombre d’auteurs continuent à exercer un travail salarié, même après publication de leur texte. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est difficile de vivre de sa plume aujourd’hui en France. Mais même au-delà de ça, il existe d’autres voies. Beaucoup de médias ont besoin de rédacteurs. Contes pour enfants, contenu pour site Internet, fiches descriptives de produits pour des entreprises… C’est très varié ! Je connais même une rédactrice de nouvelles érotiques pour un magazine pornographique (oui oui !).

Richesses d’une expérience

Si vous avez l’opportunité d’écrire contre rémunération, je vous conseille de vous lancer sans réfléchir ! En effet, c’est une expérience qui peut vous apporter beaucoup, même dans vos projets personnels. Après plusieurs mois en tant que rédactrice pour Souffleur de rêves, j’ai pu identifier les avantages suivants :

  • D’abord, cela me contraint à écrire sur commande. J’ai des deadlines, des obligations. Et si certains parviennent à se donner ce sentiment d’urgence sans aide extérieure, moi, je sais que j’avais besoin de ce petit coup de pouce.
  • Ensuite, cela m’aide à me détacher de ce que j’écris. Lorsqu’on écrit sur commande, cela suppose d’être prête à opérer sur son texte les modifications demandées par le client. Il ne faut pas prendre personnellement les remarques, autrement on n’avance plus, on stagne. L’air de rien, cette prise de recul m’a beaucoup aidée pour mes projets personnels.
  • Enfin, et c’est sûrement le point le plus important, cela m’a permis de prendre confiance. J’ai compris que ma plume pouvait s’adapter pour correspondre aux attentes d’un client, que je pouvais écrire de grandes quantités de mots sans me prendre la tête. Surtout, recevoir de l’argent en échange de mes textes, c’est une immense fierté.

Et la suite ?

Bien sûr, l’intérêt de cet article n’est pas de dire qu’il faut absolument se professionnaliser pour être un auteur digne de ce nom. Je pense que toutes les expériences d’écriture se valent tant qu’elles mènent à la créativité et à l’épanouissement. Seulement, parfois, quand on écrit depuis longtemps sur des fora, entre amis, on se sent le besoin de se prouver quelque chose. Que notre plume a une valeur, qu’on est capable de lui donner un poids.

Personnellement, j’ai ressenti ce besoin à un moment où je ne savais plus trop pourquoi j’écrivais. Où je me sentais incapable de mener un projet à bien. Où je sentais que je me laissais contrôler par l’inspiration. Devenir rédactrice m’a aidée à reprendre le contrôle. En quelques mois, j’ai écrit près de 40.000 mots, ce qui est un record pour moi. Nul doute que cette expérience a tiré ma créativité vers le haut.

Et vous ? Vous êtes-vous déjà professionnalisés d’une quelconque manière ? Qu’en avez-vous retiré ?

 

Photo de couverture by Andrew Neel on Unsplash

5 commentaires sur “Vendre sa plume pour prendre confiance

  1. C’est une expérience très intéressante que tu partages, et c’était une question que je ne m’étais jamais posé, je ne sais donc pas exactement où je me situe par rapport à cela !
    Je crois que la question de confiance dans ma plume est une chose que j’ai réglé assez tôt, peut-être en passant pas une expérience avortée dans le monde de l’édition (une de mes nouvelles avait été acceptée par une maison d’édition dans une anthologie, mais suite à plusieurs désaccord j’ai choisi de rompre le contrat et de ne pas aller jusqu’au bout du processus). C’est une expérience et un choix que je ne regrette pas.
    Ensuite, je crois que je ne cherche pas à me professionnaliser en tant qu’auteur. Ça peut sembler totalement en décalage avec le mouvement actuel qui revendique un statut plus stable et reconnu des auteurs, mais je n’ai jamais envisagé le fait d’écrire comme le métier que je pratiquerais plus tard. Au contraire, écrire à toujours était une activité farouchement sauvage et en dehors de toute considération pragmatique ou monétaire. Sans doute cela sera-t-il amené à changer si je me lance de nouveau et pour de bon dans une aventure éditoriale, mais sinon, mon imagination et ma plume ne sont pas à vendre pour moi, dans la mesure où c’est toujours pour le moment – et peut-être à jamais – du domaine de la liberté et de l’intime. C’est sans doute aussi pour cette raison que j’ai abandonné l’idée de devenir éditrice : j’ai besoin de différencier la sphère littéraire passionnelle, ce que je fais pour moi, et la sphère professionnelle, le métier que je veux exercer qui m’offre un recul et un décalage, une autre source d’intérêt. Je ne suis pas prête à faire se rencontrer les deux pour le moment.

    En tout cas ton témoignage me paraît très pertinent, c’est une très bonne question à se poser et se reposer régulièrement !

    1. Etrangement, je pense que je ne cherche pas non plus la professionnalisation complète. J’ai toujours envisagé l’écriture comme quelque chose qui existe en parallèle de ma vie et je pense que je n’ai pas le souhait de devenir auteure à temps plein. Auteure publiée, oui, j’aimerais beaucoup. Mais toujours en parallèle d’autre chose. Outre cette question de la professionnalisation, qu’il est toujours bon de se poser et de se reposer (comme tu le dis si bien !) car les choses peuvent évoluer selon les périodes de notre vie, il y a aussi la question du lectorat. Au final, si cette expérience me permet de gagner un peu d’argent, ce n’est qu’une goutte d’eau par rapport à mon emploi salarié, et ça ne répond nullement à un besoin financier. C’est aussi qu’en faisant ça, j’ai la certitude que des enfants s’endormiront en écoutant mes histoires et ça a quelque chose d’extrêmement plaisant.

      Je pense que j’en suis arrivée là, quelque part, parce que j’avais perdu la notion de fin. Mon écriture n’en avait plus, sa sauvagerie ne me nourrissait plus et j’étais perdue dans la liberté qu’elle m’apportait. Pourtant, il y a quelques années, je pense que j’aurais dit comme toi. Au final, c’est super intéressant de constater l’évolution des visions qu’on peut avoir sur l’écriture et la place qu’elle occupe dans notre vie !

      J’aurais moi aussi beaucoup aimé être éditrice, mais j’ai loupé l’embranchement il y a bien longtemps. Si, au début, j’en étais très frustrée, j’ai ensuite compris que ça n’empêchait nullement l’écriture de faire partie de ma vie. Qu’elle trouverait toujours une voie !

      (Cela étant dit, je me dis que ça serait cool quand même si le statut social des auteurs s’améliorait. Ne serait-ce que pour la valorisation sociale de l’écriture comme étant un travail – un travail plaisir, mais ô combien difficile !).

      Merci pour ton commentaire, c’est toujours un plaisir d’échanger avec toi !

  2. Je trouve très intéressant d’avoir, sur ce sujet, le point de vue de quelqu’un directement concerné. Personnellement, j’ai du mal avec l’idée que « toutes les expériences d’écriture se valent ». Pas de souci avec l’écriture de contes, puisqu’on reste dans la fiction avec une intrigue, des personnages, etc. Mais du contenu de site web ou des fiches techniques ? Je trouve que c’est beaucoup trop éloigné de l’écriture de fiction pour ranger ces activités dans une case « écriture » homogène. Pareil avec le journalisme, à mon sens : quand j’étais ado j’avais envisagé un moment de devenir journaliste pour écrire à temps plein, jusqu’à ce que je me rende compte que ça n’avait rien à voir puisque le journalisme consiste à rapporter et à analyser des faits, et non à inventer des histoires ou des univers (enfin, espérons ^^). Dans mon boulot actuel je fais pas mal de rédaction pour des présentations, mais à aucun moment je n’ai le sentiment que ça m’apporte quoi que ce soit pour mes activités d’auteure (ou inversement). A part l’acte de taper sur un clavier et la maîtrise des règles de français, je trouve qu’il n’y a vraiment rien de commun.

    1. Oui je vois ce que tu veux dire ! C’est vrai qu’a priori, écrire du contenu Web n’a pas grand-chose à voir avec l’écriture de fiction. Mais pour avoir travaillé en tant que rédactrice pour une agence de voyage (je devais rédiger des fiches de présentation pour des villas), au final, le simple fait d’être forcée de me poser devant mon ordi et d’aligner des mots, était très bénéfique pour ma créativité. Disons que grâce à ça, je parvenais à être plus assidue dans l’écriture de mes projets personnels. C’est d’autant plus vrai, je trouve, quand on a un travail éloigné de toute créativité ou de tout côté « littéraire ». C’est mon cas et mine de rien, ça peut vite devenir compliqué de se mettre dans l’esprit propice à l’écriture après une journée de boulot. Le travail de rédactrice m’aide à faire la jonction.

      Après, j’imagine que ça dépend beaucoup de ce que chacun cherche à se prouver. Parfois, même quand on écrit un roman, on ne cherche pas forcément à se prouver qu’on est capable d’inventer un univers, mais plus… je ne sais pas, qu’on est capable d’écrire tant de mots par jour. Mes expériences de rédactrice m’ont bien aidée de ce point de vue là, à réaliser que je pouvais écrire beaucoup !

      En tout cas merci pour ton commentaire, j’adore avoir ce genre de discussions ^^ Je me suis abonnée à ton blog, on s’y retrouvera sûrement !

      1. Oui tout à fait, ça dépend des blocages qu’on a avec l’écriture ! Moi mon problème c’est essentiellement que je manque de temps, mais si je pouvais j’écrirais volontiers mes romans (et mon blog) toute la journée

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