Témoignage #2 – Ne soyez pas un autre écrivain que vous-même

Catégories Réflexions sur l'écriture

Quand on écrit un roman, a fortiori quand c’est le premier, on se met souvent des tas de barrières mentales. On se dit qu’il faut qu’on écrive de telle manière, qu’on s’organise de telle manière… Avant de réaliser que toutes ces injonctions nous bloquent plus qu’elles ne nous font avancer. A titre personnel, j’ai toujours adoré partager mon expérience de l’écriture avec d’autres auteurs, d’où l’idée d’une série d’articles sur le sujet. J’ai publié il y a peu un premier témoignage d’Auriane sur la nécessité pour chaque auteur de trouver sa propre voix. Je continue sur ma lancée en vous proposant aujourd’hui le témoignage d’un ami auteur, Roman.

La recherche de sens

C’est une question qui est très vite apparue en moi. Le besoin d’écrire s’est associé au besoin d’y trouver un but. Comme on donne un sens à sa vie, on veut donner un sens à sa prose. C’est pourquoi je me suis orienté vers l’écriture d’un roman, même si je ne savais absolument pas à l’époque ce que ça allait impliquer.

Alors voilà, je veux écrire un roman, c’est bien mais encore ? En suis-je capable ? Je suis parti à la recherche d’infos et de conseils. Là, un peu partout j’ai lu qu’il fallait s’entraîner à écrire des nouvelles et autres petits textes avant de se lancer dans un roman. Mais ça, je n’en avais absolument pas envie. Alors si j’ai un conseil à donner à ce niveau-là, si vous êtes comme moi et que vous vous cherchez et bien lancez-vous quand même ! Commencez ce roman et regardez où cela vous mène.

C’est drôle parce que personnellement, j’ai eu l’approche inverse. J’ai commencé par écrire des nouvelles, des poèmes… Des textes courts qui ne nécessitaient pas d’engagement sur la durée. Puis j’en suis venue à l’idée d’un roman. Cela montre que les parcours d’écriture sont extrêmement divers. L’important, comme le dit Roman, c’est d’être en phase avec soi-même dans le processus d’écriture.

Rester soi-même

On ne va pas se mentir, en général on ne va jamais bien loin. On débute un roman avec deux-trois idées et un enthousiasme à toute épreuve mais qui ne résiste pas à celle du temps. Mais on se lasse vite et on se demande « à quoi bon ? » car on juge que notre travail n’est pas terrible. Comment s’améliorer ?

Le piège est de se donner des airs que l’on n’a pas et ça a été mon cas. A vouloir écrire un type de roman particulier je me suis mis en tête d’adopter un style « à la hauteur » de mon roman, résultat c’était affreusement pompeux et très mal écrit. C’est à partir de cette prise de conscience que j’ai réussi à commencer un vrai projet. Il faut abattre toutes ces futilités qui nous font obstacle. Ecrivez ce que vous voulez raconter, peu importe le style de roman, et surtout, restez vous-même. Ne cherchez pas à endosser un rôle d’écrivain particulier car un roman demande trop d’énergie et de temps pour y jouer un rôle.

Un écueil assez répandu chez certains jeunes auteurs que je connais est de vouloir ressembler aux écrivains qu’ils admirent. C’est plutôt naturel : ils ont lu des romans qui les ont bouleversés, et rêvent de produire le même effet sur leurs propres lecteurs. J’ai moi-même ressenti ça. Peut-être est-ce aussi votre cas ? Le problème de cette admiration, c’est qu’elle peut inconsciemment influencer notre créativité. Pour éviter de tomber dans ce piège, j’essaie de garder à l’esprit qu’il existe mille manières de toucher un lecteur. Mais je pense qu’elles ont toutes une chose en commun : la sincérité de l’auteur. Il faut raconter ce qu’on a envie de raconter, filtré de toutes ces choses qui nous viennent d’ailleurs sans vraiment nous ressembler.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid

L’inspiration est certes volatile mais il faut apprendre à la provoquer si on veut avancer. J’avais tendance à croire que l’inspiration arrivait d’un coup et qu’il fallait se mettre à écrire, puis attendre jusqu’à la prochaine salve. C’est faux. C’est un mythe, l’écrivain qui arrive au bout de son roman seulement à l’aide de ses éclairs de génie.

Un roman, c’est un travail et même si on ne se met pas de pression, il faut l’aborder avec du sérieux. Ça m’a pris du temps pour l’admettre mais il faut s’imposer des sessions d’écriture très régulières pour avancer. Pour moi le déclencheur a été le NaNoWriMo en 2015 où j’ai découvert un potentiel en moi jusque-là inconnu, je peux me « forcer » à écrire tous les jours si je le veux. Cela pour moi a vraiment été libérateur, j’ai vu que je pouvais écrire si je le voulais mais encore faut-il le vouloir. Mais ça c’est une autre histoire…

On ne le dira jamais assez : ce n’est pas l’inspiration qui vous mènera au bout d’un roman. Elle vous aidera sûrement sur ce long chemin sinueux, mais si vous attendez qu’elle frappe à la porte, vous n’écrirez pas beaucoup. Un chapitre, peut-être deux, puis votre projet entrera en hibernation. Alors qu’en écrivant ne serait-ce qu’une phrase tous les jours, vous pourrez maintenir le lien entre vous et votre histoire. En ce qui me concerne, j’ouvre chaque jour le document Word de mon roman. Même si, parfois, aucune phrase ne me vient, psychologiquement (et paradoxalement), j’ai l’impression d’avoir avancé. Comme on dit, Rome ne s’est pas faite en un jour…

Retrouvez Roman sur son blog. Il y partage son expérience de l’écriture et surtout, son roman Insouciance Naturalisée. N’hésitez pas à y jeter un œil !

3 commentaires sur “Témoignage #2 – Ne soyez pas un autre écrivain que vous-même

  1. C’est drôle, parce que moi, à l’âge où j’ai écrit mon premier roman, je n’avais pas du tout le problème de vouloir plaire aux autres avec ce que j’écrivais. J’avais eu une idée, je la trouvais géniale et je voulais la raconter, that’s it. Je n’ai pas cherché plus loin et je l’ai écrit. Tous les jours, en revenant travaillé, j’écrivais. Je n’étais pas complexée comme aujourd’hui par mon idée, par ce qu’elle pourrait provoquer chez les autres. Je croyais énormément en mon histoire. Ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui et c’est en grande partie parce qu’à cette époque, je ne fréquentais personne qui écrivait et donc, je ne pouvais pas me comparer, ce qui n’est pas du tout le cas à présent. Maintenant, je vois tout le potentiel que les autres ont et ça me bloque souvent. Je me pose beaucoup trop de questions et je n’ai plus autant confiance qu’à mes vingt ans.

    Pour l’inspiration, c’est tout à fait vrai. Je l’ai compris il y a longtemps. Si on attend après, on écrira jamais.

    Je trouve très intéressant le point de vue de Roman. J’aime découvrir comment les autres perçoivent l’écriture de leur roman. On se sent un peu moins seul.

  2. C’est une sacrée injonction celle-là : écrire des petits textes, des nouvelles, avant d’écrire un roman. C’est aussi très symptomatique du parcours éditorial de l’auteur de SFFF français : il faut publier dans une revue ou une anthologie si on veut espérer entrer dans le milieu de l’édition. Mais c’est aussi très limité comme conseil car écrire une nouvelle n’a rien à voir avec écrire un roman. Ce n’est ni plus simple, ni plus difficile, c’est différent. Si on a envie d’écrire un roman, ça ne sert à rien je pense de se forcer à un autre format. Oui, on va apprendre des choses sur l’écriture en écrivant des nouvelles, mais on en apprendra sur le roman en écrivant un roman ~
    Du coup, au vu de ton parcours, comment s’est fait ce passage du texte court au roman ? Est-ce que tu en écris toujours ?

    C’est marrant, je n’ai pas eu le même parcours que l’ami Roman (le nom est bien choisi!), pourtant j’en suis aussi arrivée à la question du renoncement au masque, et à une identité « surfaite ». Ce n’est pas la question pour moi d’avoir voulu ressembler à un auteur que je ne suis pas, c’était vouloir mystifier ce que je suis. Sans doute parce que j’ai roulé ma bosse sur internet assez tôt, et que l’usage d’un pseudo, d’un avatar, entraîne à ce genre de construction de soi atrophiée. C’est quelque chose qui s’est fissuré naturellement avec la maturité et la meilleure connaissance de soi qu’on acquière avec la vie. On finit par se rendre compte que tant qu’on parle masqué on ne dit rien, on ne donne pas. On est dans ce qui se regarde, pas ce qui est essentiel. La sincérité, oui, vis-à-vis de soi déjà, puis vis à vis de son texte, pour être sincère vis à vis de celui qui viendra chercher quelque chose de lui dans l’écriture d’un autre.

    Ah, le Roman est un autre débloqué du NaNo ! Je suis 100% d’accord avec ce qu’il dit !
    Ta méthode est intéressante, ça te permet d’avoir toujours une place physique et temporelle pour ton roman, pour mettre en route tout ce qui tricote autour. Et finalement, c’est plus précieux que l’inspiration, si on veut un jour écrire le mot « fin » ~

    1. J’ai beaucoup de mal avec toutes ces injonctions. J’ai très envie d’être publiée par une maison d’édition spécialisée SFFF un jour, mais il est hors de question que je me contraigne à écrire des nouvelles pour suivre le parcours classique. D’autant plus que je n’ambitionne pas particulièrement d’être publiée dans une revue ou une anthologie. Et je suis d’accord avec toi, écrire une nouvelle, ce n’est pas du tout le même exercice. Ca mobilise des connaissances, ça c’est sûr, et il y a aussi des difficultés, mais ce sont des compétences différentes, qui ne servent pas forcément toutes pour un roman. L’important, au final, c’est de suivre ses envies et l’impulsion qui nous pousse à écrire.

      J’ai écrit des textes courts pendant plusieurs années. Ils me permettaient d’assouvir ma passion de l’écriture tout en ressentant souvent la satisfaction de finir un projet. J’écrivais aussi beaucoup de poèmes (au début, des formes classiques, puis de plus en plus libres). Et au bout d’un moment, je ne sais pas, je crois que je me suis lassée de ces « histoires sans lendemain ». J’ai eu envie de quelque chose de plus conséquent, et ce roman s’est imposé à moi. J’avoue que du coup, depuis que j’ai commencé, je n’écris plus du tout de textes courts. Je pense que c’est un exercice trop différent, pour lequel je n’ai plus de « place » en ce moment.

      Un grand oui pour ton analyse sur la sincérité nécessaire de l’auteur vis-à-vis de lui-même, avant toute tentative d’écriture. Sinon on se retrouve avec des romans carton pâte. Pour le NaNo, je suis encore en pleine hésitation pour cette année. Je sais d’avance que l’objectif de 50 000 mots n’est pas pour moi, qu’il ne me convient pas, mais je me dis que je pourrais peut-être le tenter avec moins de mots (500 par jour pourrait être un bon objectif par exemple). En attendant, je participe souvent aux Défis Sablier organisés par Samantha Bailly (romancière) : sur une semaine, cela permet de se mobiliser un petit moment chaque jour, et rien que ce geste-là m’aide beaucoup. Le prochain article parlera de ça !

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