A trop vouloir s’organiser…

Catégories Réflexions sur l'écriture

Dans un témoignage publié récemment sur mon blog (« Trouver sa propre voix« ), j’abordais la nécessité pour chaque auteur de trouver le mode de fonctionnement qui convient le mieux à sa plume, en faisant fi de tous les diktats. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on parle d’organisation. Je ne sais pas vous, mais je suis souvent tombée sur des articles vantant les mérites de la planification : fiches de personnages, description des lieux, déroulement détaillé des chapitres… C’est donc tout naturellement que je me suis lancée dans une réflexion sur la structure de mon roman. Ce que j’ai découvert ? Qu’à trop vouloir s’organiser, on peut tuer dans l’œuf toute envie d’écrire. C’est ce dont je veux vous parler aujourd’hui.

Auteur structural ou scriptural ?

Je tiens cette distinction d’une vidéo de Samantha Bailly (si vous ne la connaissez pas, je vous conseille d’aller voir sa chaîne YouTube). Les auteurs structuraux sont justement ceux qui ressentent le besoin de baliser tout le plan de l’intrigue. Ils planifient l’enchaînement des scènes, la teneur des chapitres, les caractéristiques des personnages. Les auteurs scripturaux, quant à eux, sont capables de démarrer l’écriture d’un roman sans réellement savoir où ils vont. Ils travaillent sur la cohérence de l’ensemble au fur et à mesure qu’ils avancent dans la rédaction.

Cette catégorisation n’est pas très intéressante si on la comprend de manière exclusive. Elle l’est par contre beaucoup plus si on décide de la voir comme une balance, chacun de nous penchant plus d’un côté ou de l’autre. Mais ce qu’il faut absolument comprendre, c’est ceci. Il n’y a pas une méthode meilleure que l’autre.

Une évidence ?

Vous avez le sentiment que j’enfonce une porte ouverte ? Peut-être. Mais je n’en suis pas si sûre. En effet, je trouve qu’on valorise toujours davantage les gens qui savent s’organiser. Il suffit de voir à quel point le Bullet Journal est à la mode en ce moment. Si c’est un système terriblement efficace, il fait aussi peser une pression monumentale sur ceux qui, eux, ne ressentent pas ce besoin de planification.

J’ai ressenti cette pression. Je me suis mis dans la tête qu’il était impossible d’écrire un roman sans avoir prévu le moindre détour de l’intrigue. J’ai acheté un carnet. J’ai commencé un challenge « 30 jours pour construire un monde de Fantasy », que je n’ai jamais terminé. Pour faire les choses bien, j’ai tenté de remplir une fiche pour mon personnage principal, même si cela me semblait ridicule de réfléchir à son parfum de glace préféré. Qu’est-ce que j’y ai gagné ? Un blocage. Une panne d’écriture. Je me suis rendu compte que je suis incapable d’écrire en sachant par avance ce qui va se passer dans le prochain chapitre. Pour autant, en raison de la pression évoquée précédemment, il m’a fallu du temps avant d’admettre que la planification ne convient tout simplement pas à ma plume.

Pour une méthode alternative…

Comment faire naître une cohérence sans planifier le déroulement de son roman ? Avant tout, je pense qu’il faut avoir une idée claire des jalons de son histoire. Personnellement, je sais quels seront les ressorts de mon intrigue, les enjeux de mon roman, l’évolution de mes personnages. Je sais ce que je veux raconter (n’est-ce pas le cas de tout auteur qui se lance dans un roman ?). Je n’ai rien mis en forme, mais c’est présent dans ma tête. Cela sert de base à ma créativité. Ensuite, quand j’attaque la rédaction d’un chapitre, je me pose toujours les questions suivantes :

  • Où en était mon personnage à la fin du chapitre précédent ?
  • Où le retrouve-t-on au début du chapitre ?
  • Que va-t-il se passer d’important au cours de ce chapitre ?

Quand j’ai un doute sur un élément, je retourne en arrière et je relis ce qui précède. Si besoin, je réadapte les chapitres précédents au regard du nouvel élément que je souhaite introduire. Cette méthode nécessite une attention accrue pendant la rédaction. Mais elle représente une alternative efficace pour les auteurs qui ne se voient pas planifier l’intégralité de leur roman.

Et vous ? Etes-vous plutôt structural ou scriptural ? N’hésitez pas à partager vos impressions, c’est toujours un plaisir ! 🙂

7 commentaires sur “A trop vouloir s’organiser…

  1. Pour ma part, je n’aime pas beaucoup planifier. Ça m’est arrivé d’utiliser des plans et des fiches, mais je me suis rendu compte que ça ne m’aide pas vraiment. Si j’étale mon monde, mes personnages et mes intrigues sur mon bureau avant d’écrire, je ne me rendrai de toute façon pas compte des plis qu’ils forment et que je devrai lisser une fois la phase d’écriture entamée. J’ai remarqué aussi que mon approche des personnages se modifie au fur et à mesure que je les écrit. Ils évoluent et finissent par prendre des caractéristiques que je n’avais pas du tout envisagées, et qui sont en décalage avec leur prototype des premiers chapitres. Résultat: je réécris.
    Et puisque je réécris qu’il y ait planification ou non, je préfère ne pas m’enfermer, me fixer, comme tu l’as dit, les principaux jalons, et laisser libre court à ma créativité pour passer du premier de ces jalons au suivant.
    Par contre, ces méthodes d’organisation peuvent aussi évoluer d’un projet à l’autre. Je pense que tu auras besoin d’un solide plan si tu te lances un jour dans le roman historique, par exemple 😛 Les projets qui nécessitent plus de recherches en général s’accommodent bien d’une planification plus rigoureuse, sans non plus tomber dans la préparation scène par scène. Les personnages qui peuplent un genre réaliste, qu’il soit contemporain ou historique, ne peuvent que bénéficier d’une fiche bien détaillée. Détaillée et utile, hein. Il n’est pas forcément indispensable d’établir leur ascendance sur six générations et d’estimer la taille de leurs orteils 😛

    1. C’est sûr que ça dépend aussi du projet. Le roman historique est un bon exemple, parce qu’il nécessite de coller un minimum à la réalité de l’époque. C’est sûrement pour ça que je n’en écrirai jamais (bon, il ne faut jamais dire jamais, paraît-il). Mais dans mon cas, c’est vrai que beaucoup de choses se mettent en place au moment où j’écris. J’aime me laisser porter par l’ « instinct », sinon, je n’y prends aucun plaisir. Après, ce n’est pas tout blanc ou tout noir, parce qu’on finit toujours par planifier un minimum, c’est juste qu’on le fait différemment.
      Concernant les fiches de personnages, j’ai vraiment un problème avec ça. Je me sens toujours un peu ridicule au moment de les remplir. Ne serait-ce que sur l’apparence physique, j’ai l’impression que le fait d’en rédiger une fixe le personnage d’une manière trop artificielle. Aussitôt, je perds prise sur eux et ils ne me donnent plus du tout envie de passer du temps avec eux. En fait c’est un peu comme si j’attendais un enfant mais que je planifiais par avance son apparence physique, son caractère… Pour moi ça tue la surprise. Quand je commence un roman, mes personnages n’ont pas toujours de forme. Si je découvre au chapitre 4 que mon héroïne est blonde, ben voilà, ainsi soit-il. Après c’est sûr qu’il faut éviter de se rendre compte au chapitre 24 qu’elle est brune, mais je pense que ça ne nécessite pas forcément d’être couché sur papier.
      En tout cas, j’aime beaucoup ton approche de la réécriture. Ca donne au roman un côté infini qui me plaît bien, comme une matière en perpétuelle construction. Merci beaucoup d’être passée pour donner ton ressenti, on s’enrichit toujours plus au contact d’autres auteurs !

  2. Je pense qu’on se pose tous cette question au début de la création d’un roman : jusqu’à quel point dois-je planifier ou non ? Et c’est vraiment pas facile.
    Vu le nombre de romans que j’ai commencé mais pas terminé, j’ai pu tester plein de choses, de la préparation extrême à presque rien, et au final ça n’allait jamais vraiment. Sans préparation je me perds dans ce que je fais, et quand il y en a trop ça ne va pas non plus : soit je ne respecte pas mon plan, soit l’écriture de l’histoire perd en intérêt puisqu’il n’y a pas assez de surprises… En plus je trouve ça assez ennuyant de rédiger un plan détaillé, et très « figé ». Je préfère amasser plein d’informations et en tirer une simple ligne directrice qui peut facilement évoluer avec le temps si j’en ai envie (ça finit presque toujours par évoluer de toute façon…).
    En fait, je crois que j’aime bien avoir « en gros » l’histoire dans ma tête avec les principales étapes jusqu’à la fin et noter quelques trucs pour ne pas oublier, et improviser le reste au fur et à mesure. Me contenter de faire un plan de l’intrigue réduit au minimum, ainsi que des fiches personnage pas très détaillées (avec les bases : prénom, nom (facultatif), âge, études ou métier, religion (facultatif), couleur des yeux et des cheveux, caractère, liens avec les autres personnages, autres (facultatif)). Pour mon roman de fantasy je fais ça + une carte et des notes sur les caractéristiques de mon monde parce que sinon ce serait un peu compliqué, mais c’est un cas particulier.

    1. Si tu n’as pas terminé tous ces romans, c’est peut-être en effet que la phase d’écriture n’avait plus trop d’intérêt pour toi suite à une planification excessive ? En tout cas, je pense qu’il faut vraiment trouver la formule qui nous convient le mieux, et parfois ça prend un peu de temps. Il y a 1000 façons d’écrire un roman !

      1. Je pense que si je n’ai encore rien réussi à terminer pour l’instant, c’est surtout parce que j’ai trop d’idées d’histoires différentes et que du coup j’ai du mal à rester concentrée longtemps sur un même projet sans le remettre à plus tard pour me lancer dans un autre qui a l’air plus intéressant… Mais la planification excessive ne doit pas aider effectivement, ça participe sans doute à me donner l’impression que les nouvelles idées que j’ai sont plus intéressantes que le projet en cours justement. La terrible association trop d’imagination + surplanification.

        Mais ça va, je pense que j’ai enfin trouvé la technique pour terminer ce que je commence au lieu de me disperser :
        Travailler sur deux romans à la fois qui ne soient pas trop planifiés, et tenir à jour une liste de priorité où je note l’ensemble des autres idées de romans que j’ai dans l’ordre où j’ai envie de les écrire (en gardant bien en tête que plus vite j’aurai terminé un des deux premiers romans en cours, plus vite je pourrai me lancer dans celui en haut de la liste).
        Comme ça je peux alterner entre les deux romans quand j’ai envie de changement mais ça avance quand même. Et dès que j’ai une nouvelle idée d’histoire qui est intéressante je la rajoute dans la liste à l’emplacement qui convient le mieux avec interdiction de la développer tant que ce n’est pas son tour.
        Ça me parait un bon plan de bataille, je verrais si ça fonctionne.

  3. Cette distinction structural/scriptural m’a toujours laissé assez perplexe, sans doute parce que je navigue dans les eaux troubles de l’entre deux. Je structure, mais ne planifie pas, je réfléchis mais de décide pas. En fait, je ne peux pas savoir ce qui sera vrai avant de l’écrire. Ce qui m’intéresse n’est pas ce que je pense connaître ou savoir, mais ce que je vais découvrir en écrivant mon premier jet.
    Quand j’étais plus jeune – comme j’ai commencé à écrire très tôt je peux me permettre cette tournure – je cherchais vraiment à planifié chapitre par chapitre. Ça a fonctionné sur de courts projets, jamais sur de longs projets. Et je n’ai jamais eu la moindre idée de la fin d’un roman ou d’une nouvelle avant de l’écrire. J’ai entendu beaucoup d’auteurs dire qu’on ne peut pas commencer et finir un projet si on n’a pas dès le début une idée claire de la fin, mais je ne suis pas du tout d’accord avec ça. Je crois que le roman est un voyage, et si on peut savoir d’où on part et dans quelle direction on veut aller, on ne peut pas prévoir ce qui adviendra en chemin. Comme j’ai le mauvais goût d’être psy en plus d’écrivain matinal, j’ai tendance à penser que tout l’intérêt du roman est là : on ne connaît pas les réponses aux questions qu’on n’a parfois même pas conscience de poser. En tout cas, c’est ce qui rend pour moi l’aventure cruciale et obsédante.
    On dirait, à lire la fin de cet article, que pour certain le danger est de poser les choses, de les figer autrement que pas le roman qui lui les expérimente. Ne pas planifier ne veut en effet pas dire qu’on n’a aucune idée de ce qui va se passer, et ne pas remplir de fiche personnage ne veut pas dire qu’on ne sait pas de qui on va parler (surtout quand ils vivent depuis 10 ans dans notre tête, on finit par bien les connaître ~).
    Après, je ne fonctionne pas tout à fait comme toi chapitre par chapitre, quoi que je trouve cette approche très intéressante, je crois que c’est la première fois que je vois quelqu’un avancer comme cela. Je dois dire que j’ai un besoin très inexplicable de nommer les choses, et plus précisément d’ancrer toute la thématique et tout le sens d’un chapitre sur un point de détail duquel partent finalement toutes les perspective. Et je pense tout mon roman à partir de ces titres de chapitre. Mon chapitre un par exemple, se nomme « les braises » et il va être finalement la quintessence discrète du tableau que je peins : la conversation difficile entre deux frères qui ne se parlaient plus et qui s’apprêtent ensemble à revisiter les événements passés. Donc au lieu de plan, j’ai des titres de chapitres qui amènent une progression thématique et picturale du roman.

  4. Il est vrai que l’article présente la distinction comme une dichotomie, alors qu’en fait je vois davantage les choses comme un équilibre. Un plateau de la balance vers le scriptural, l’autre vers le structural. Et j’imagine sans peine que certaines personnes se retrouvent avec les deux plateaux au même niveau. J’en connais aussi qui planifient tout par avance ; ils savent à quel chapitre se déroule tel ou tel événement, un peu comme s’ils faisaient un storyboard avant de commencer la rédaction, et moi ça a tendance à me paralyser.

    J’aime bien ta vision des choses ! Le roman comme un voyage, qui se découvre à nous au fur et à mesure. C’est très poétique et à la fois très réaliste, quand on pense à la manière dont le processus d’écriture peut nous transformer parfois.

    Oui, pour le moment l’approche chapitre par chapitre me convient bien. Elle me permet de ne pas me sentir submergée par mon projet, écrasée sous lui. J’aime aussi beaucoup le côté évolutif de cette méthode. J’ai un ami qui fonctionne comme toi, tous ses titres de chapitres sont posés et forment le canevas de son roman, tout en définissant l’identité du propos. Je trouve ça assez beau d’imaginer pouvoir deviner la progression d’un roman en lisant les titres des chapitres !

    En tout cas, merci pour tes commentaires, qui sont toujours très enrichissants !

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