Réhabilitons les littératures de l’imaginaire !

Catégories Réflexions sur l'écriture

Cela fait un petit moment que je songe à un tel article, sans jamais trouver le ton qui me convient. Suite à mes articles Journal d’un roman à naître, on m’a demandé pourquoi mon premier roman ne pouvait pas être d’un autre genre, et quel était mon rapport à la Fantasy. Je me suis dit qu’il était donc grand temps de prendre le taureau par les cornes !

Une réhabilitation nécessaire

Pas besoin d’aller bien loin pour se rendre compte que ces littératures ont mauvaise presse. Franchissez le seuil d’une librairie, et cherchez le rayon en question. Bien souvent, il est au fond du magasin, et plutôt mal achalandé. Fantasy, Science Fiction, Bit-Lit et autres y sont mêlées sans autre forme de procès. Leur unique point commun : des histoires qui se déroulent dans des mondes qui n’existent pas. Oui, c’est léger, je ne vous le fais pas dire.

Bien sûr, il y a des librairies spécialisées. Mais celles-ci sont perçues comme des repères de geeks, et il est bien rare que le grand public s’y aventure s’il ne cherche pas quelque chose de spécifique. Quand j’étais en 4ème, nous devions tenir un carnet de lecture, et le rendre à notre prof de français tous les mois. A cette époque, je lisais principalement des romans de Fantasy et je me souviens avoir récupéré mon carnet avec un unique commentaire « il est temps de lire de vrais romans, de ton âge ! ». Flippant, quand j’y repense.

En fait, c’est comme si le côté imaginaire des intrigues et des univers suffisait à discréditer toute cette littérature. Et c’est une idée avec laquelle j’ai beaucoup de mal. A ce titre, je vous conseille l’excellente interview de Stéphane Marsan (Bragelonne), « La France a un problème avec l’imaginaire. » Il explique tout ça bien mieux que je ne pourrai jamais le faire, et avec le point de vue d’un éditeur amoureux du genre.

L’inconvénient des genres

J’en viens donc à la question qui a fait naître cette réflexion sur la place des littératures de l’imaginaire dans notre culture.

Pourquoi de la fantasy pour un premier roman ?

J’ai beau tourner tout ça dans ma tête, la seule réponse qui me vient est la suivante : pourquoi pas ? J’ai le sentiment que cette question ne m’aurait pas été posée si j’avais écrit un roman contemporain. On imagine mal demander à un auteur « et pourquoi tu as choisi d’écrire une histoire qui se déroule dans notre monde et à notre époque ? », pourtant ça n’en est pas moins un choix littéraire. Sauf que ce choix est perçu comme naturel. Mais pourquoi faudrait-il une bonne raison d’écrire de la Fantasy ?

Personnellement, je ne me suis pas dit « je vais écrire un roman de Fantasy ». Tout a commencé par une scène dans une ambiance plutôt médiévale. Puis, petit à petit, j’ai ajouté d’autres éléments qui ont fait que mon roman ne pouvait pas être historique. Un monde imaginaire. Une légère touche de magie. Au final, toutes ces caractéristiques font que mon roman sera classé en Fantasy (j’imagine). En fait, dans ma tête, le roman est né sans genre particulier. Pour moi, c’est comme faire un bébé. On ne fait pas un garçon : on fait un bébé et il se trouve ensuite que c’est un garçon.

Je n’ai pas de problème avec les étiquettes. Et je comprends bien que les genres sont nécessaires pour classifier les romans. Mais la question du genre doit, selon moi, être postérieure à la réflexion du roman.

Moi et l’imaginaire : une histoire d’amour

Bien sûr, quand on réfléchit à un roman, on porte tout le poids de notre culture littéraire. Et il faut bien avouer que, si la mienne se nourrit d’horizons divers, elle revient toujours à l’imaginaire avec un plaisir sincère. Du coup, à mes yeux, c’est une littérature comme les autres.

Je ne suis pas un gros lecteur de fantasy comme genre, donc je suis assez curieux de savoir comment toi tu perçois ce genre. C’est à dire ce qui te plait, et ce qui fait que ton roman ne pourrait pas être d’un autre genre ?

Pour moi, la Fantasy fonctionne un peu comme les contes : elle emmène le lecteur dans un autre monde, pour mieux le ramener au sien. C’est difficile de l’expliquer, mais je trouve que l’imaginaire est une très belle façon de faire passer un message. Faire rêver, pour faire réfléchir. S’évader pour prendre du recul sur soi, et le monde. Les personnages de Fantasy sont bien souvent confrontés à des enjeux qui nous touchent également. Si on prend les romans Aeternia, de Gabriel Katz, il y a clairement une réflexion sur la religion, la place qu’on est prêts à laisser à des gens qui nous vendent un peu d’éternité… Et comment on peut en arriver à la guerre pour des idéaux. Quoi de plus actuel au final ?

D’ailleurs, si on admet généralement assez aisément que les romans de SF portent ce genre de réflexions sur l’Homme et sa nature, c’est beaucoup plus difficile pour la Fantasy. Et c’est bien dommage.

 

Dans un prochain article, je vous livrerai des conseils de lecture des genres de l’imaginaire… En espérant finir par vous convaincre qu’elle est une littérature aussi profonde que les autres ! En attendant, n’hésitez pas à réagir à cet article, je serais ravie d’en discuter avec vous !

 

 

8 commentaires sur “Réhabilitons les littératures de l’imaginaire !

  1. « Personnellement, je ne me suis pas dit « je vais écrire un roman de Fantasy ». Tout a commencé par une scène dans une ambiance plutôt médiévale. » Je pense que tu as raison. Je ne crois pas qu’on se dit, on va écrire tel genre en particulier. On a une idée, une envie de raconter quelque chose et il se trouve, quand on y pense sérieusement et qu’on commence à l’écrire, que notre idée se colle à un genre en particulier, comme tu le dis si bien, on ne fait pas un garçon, on fait un bébé qui devient un garçon ou une fille !

    Je ne pense pas qu’il faut s’empêcher d’écrire ce qu’on aime, parce que le genre est peut-être mal vu ou très cliché (oui, je pense à moi aussi, là). L’important, c’est aimer écrire notre idée. Peut importe que celle-ci évolue à New-York, à Montréal où dans un monde X. Si on a l’envie, on fonce.

    1. Oui, d’ailleurs, je pense que je ferai un article sur le YA ! C’est un genre que je n’assume pas toujours d’apprécier et pourtant, je dois me rendre à l’évidence : je prends beaucoup de plaisir à lire certains de ces romans. La vraie plaie, c’est le snobisme littéraire ! Et parfois celui qu’on s’impose à soi-même.
      Mais je suis assez contente que la question de Gavroche m’ait permis d’aborder cette question. J’aimerais que les littératures de l’imaginaire soient moins des littératures d’initiés, mais je pense que la route sera longue ! En attendant, j’espère contribuer un peu à la faire découvrir.

  2. J’espère que mes questions n’étaient pas offensantes ou stigmatisantes, c’était vraiment pas mon but en les posant aussi naïvement… Et en fait c’est comme si pour moi par défaut les livres n’avaient pas de genre, et donc ça m’intéressait de savoir pourquoi tu revendiquais ce roman sous un genre particulier.
    Mais comme tu dis c’est pas dans ce sens là que ça fonctionne, c’est l’idée qui arrive et le roman qui est ce qu’il est. Fondamentalement, toutes les littératures sont de l’imaginaire au final. Et aucun monde créé n’est le monde réel.
    J’attends ton article sur tes recommandations de lecture du coup, histoire de mourir un peu moins bête ^^

    1. Non ne t’inquiète pas, elles n’étaient ni offensantes ni stigmatisantes ! Elles étaient même très intéressantes ! En tout cas j’ai écrit cet article de manière assez généraliste, mais en toute sérénité. J’espère que tu ne l’as pas mal pris !
      Je suis assez d’accord avec ton approche qui est de dire qu’un roman n’a pas de genre. C’est ce qui semble le plus naturel. En fait, le « souci » c’est qu’à partir du moment où tu es dans une démarche de partage, tu es obligé de le présenter en quelques mots, du coup la catégorisation devient vite une nécessité. Ca l’est aussi pour la publication, puisque chaque maison d’édition a sa spécialité. C’est sans doute pour ça que j’ai vite donné une étiquette à mon roman. J’adore ce que tu dis, que toutes les littératures sont de l’imaginaire ! C’est top et ça résume bien ma pensée. <3

      1. Non, je ne l’ai pas mal pris, j’ai juste réalisé que, du coup, ça pouvait sonner justement comme quelqu’un qui te demanderai « pourquoi t’écris pas de vrais romans à ton âge », alors que c’était pas du tout ce que je voulais transmettre dans ma question, qui était vraiment motivée par la curiosité ^^

        Ah oui, c’est vrai que si on pense éditeur etc, ça devient nécessaire d’étiqueter. Mais je me demande justement si c’est une si bonne idée en regardant le système en entier, parce que comme tu dis, peu de lecteurs vont oser aller chercher l’étiquette fantasy en librairie s’ils n’en lisent déjà pas avant, de base. Ca finit par isoler la littérature « de genre » et le reste des productions littéraires. Du coup ça n’aide sans doute pas à éliminer la scission qui existe encore en France autour des genres fantasy, SF. C’est comme si on braquait certains lecteurs avant même qu’ils tiennent un livre dans leur main. Je trouve ça vraiment dommage au final, du coup je me demande si c’est vraiment la bonne façon de faire.

        1. Je ne l’avais pas compris comme ça de ta part, surtout que tu t’es intéressé à mon début de roman ! ^^ Pis t’es quelqu’un d’assez ouvert d’esprit pour tout ce qui touche à l’art donc vraiment, je n’avais aucun soupçon de ce genre venant de toi haha.

          Ah ça c’est sûr que c’est le problème d’avoir des ME spécialisées. Du coup, peu de lecteurs vont se diriger vers ce genre-là et c’est un vrai cercle vicieux. Je pense que le polar souffre un peu de la même chose. En fait, perso’ j’aimerais beaucoup que des maisons comme Gallimard, qui sont quand même très généralistes, intègrent les genres de l’imaginaire. Aujourd’hui, la seule solution qu’ont les auteurs pour éviter l’étiquette fatale de « fantasy », c’est de passer en littérature jeunesse si le roman s’y prête. Assez drôle d’ailleurs que la littérature jeunesse n’opère pas encore ces distinctions. Peter Pan ou Alice au Pays des Merveilles sont des cas intéressants parce que le fait d’être considérés comme des classiques les exonère à peu près d’étiquette.

          L’autre truc qui est complètement fascinant à propos de la fantasy, c’est que tu es considéré comme un geek si tu en lis, et pourtant tout le monde (ou presque) regarde GoT ! C’est là que c’est assez fun parce qu’il y a comme une incohérence.

  3. Comme tu l’as mentionné, je pense que le regard porté sur la fantasy change un peu depuis que GoT a un tel succès. Ça la rend un peu plus grand-public, ce qu’avait initié le Seigneur des Anneaux avant de se faire coller une étiquette geek je ne sais pas trop comment. Evidemment, ça ne plait pas aux puristes qui se sentent mis en valeur avec des littératures de l’imaginaire élitistes, et qui voient d’un mauvais œil les « non initiés » s’approprier un petit bout d’imaginaire en regardant la série et en lisant les romans.
    J’ai l’impression que de plus en plus d’auteurs écrivent sans s’enfermer dans des genres, comme Ken Liu qui navigue joyeusement de la SF à la fantasy dans le même recueil de nouvelles. Il y a même des romans qui appartiennent aux littératures de l’imaginaire mais ni clairement à la SF, ni à la fantasy, ni au fantastique qui commencent à gagner en visibilité. Je considère pour ma part que les genres et les codes ont été fixés arbitrairement selon des œuvres canons discutables, et je laisse à d’autres le soin de me classer pour ranger mes écrits dans leurs rayons 😛

    1. En fait, le « souci » avec GoT c’est que les gens qui regardent la série et/ou lisent les bouquins ne vont pas forcément vers d’autres œuvres des littératures de l’imaginaire. Donc ça ne permet pas vraiment d’ouvrir le genre, comme on aurait pu le souhaiter. Quant au SDA, ouais, j’ai pas trop compris non plus, personnellement je suis fan de cette trilogie, et elle n’est pas plus réservée aux geeks que les films de super-héros (qui sont assez mainstream maintenant…). Enfin, va comprendre…

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