Réflexions sur l'écriture,  Vis ma vie d'exploratrice

Le plan évolutif

Après un article sur les alpha-lecteurs et un sur les tableaux d’inspiration, je vous retrouve aujourd’hui pour la suite de la série « Vis ma vie d’exploratrice ». J’y expose la méthode et les astuces que j’applique pour être une jardinière sereine et décomplexée, afin de montrer que l’on peut totalement être organisée sans être une autrice architecte pour autant ! Au menu d’aujourd’hui ? Je vous parle de plan évolutif.

Du plan figé…

Je sais ce que vont me dire les architectes en lisant ce titre. Évidemment, un plan n’est pas toujours figé. Beaucoup d’auteurs et autrices utilisent cet outil comme un cadre, et n’hésitent pas à s’en écarter au gré de leur inspiration. Pour ma part, la simple idée de poser par écrit la suite de mon histoire avant de l’écrire m’a toujours stressée. Savoir à l’avance ce qui va se passer dans les prochains chapitres peut me faire perdre tout enthousiasme pour mon histoire et mes personnages. Oui, c’est un peu extrême, je sais.

J’ai donc dû m’approprier une méthode me permettant de jalonner le parcours en amont… tout en cultivant cette impression de découvrir mon histoire lorsqu’elle s’écrit. En gros, je dois cacher les œufs dans le jardin… et les chercher ensuite comme si je ne savais pas où ils sont. Casse-tête !

Tout est parti d’un article d’Astrid Stérin : Construire le plan d’un roman sur Excel. Il s’est révélé fondamental pour moi. Avant, je refusais d’envisager Excel dans le cadre de pratiques créatives car j’y passe déjà toutes mes journées de travail. Un côté froid, cadré… Grâce à cet article, j’ai réalisé que c’est en fait l’outil le plus neutre qui soit. C’est justement parce qu’il n’est pas axé écriture, qu’il est aussi précieux : il s’adapte en fonction des besoins de chacun.e.

Demeurait un problème, et pas des moindres : la structure que propose Astrid implique une granularité trop précise dans la planification. Il y a d’abord les chapitres. Puis, les scènes – chaque scène ayant un objectif bien défini. Ne restait plus qu’à m’approprier le modèle !

… au plan évolutif

Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas réinventé la poudre. Pour commencer, j’ai supprimé toute notion de « scène »pour garder un découpage très général par chapitre. Pour chaque chapitre, j’indique le point de vue (en l’occurrence, dans Lys d’Acier, je n’en ai que deux) et une description. Comme vous pouvez le constater dans l’exemple ci-dessous, mes descriptions sont parfois très courtes et imprécises. Les plus longues ne dépassent pas la dizaine de phrases. Et c’est tout. Oui, c’est tout ce que je prépare en amont de la rédaction du premier jet – sachant que tous les chapitres ne sont pas complétés. Je vois ça comme un puzzle que j’élucide petit à petit.

Les autres colonnes ont été ajoutées par la suite pour répondre à un besoin particulier. Je les complète à chaque fin de chapitre. Tout d’abord, je répertorie les personnages introduits (oui, parce que certains apparaissent de manière impromptue quand j’écris, il ne faudrait pas les oublier par la suite). Je note parfois quelques mots clé utilisés dans leur description, car ma méthode étant très organique, j’ai tendance à oublier que j’ai décrit untel d’une certaine façon.

J’ai ensuite deux colonnes qui me sont très utiles : l’enquête et l’univers. Mon roman comporte un mystère, sur lequel mes deux personnages se posent des questions. Je reviens donc sur chaque chapitre écrit et je répertorie les indices que j’ai laissés, afin d’être au clair sur le niveau de connaissance du lecteur. Même chose pour l’univers, vu que je ne fais que très rarement du worldbuilding en amont.

La colonne suivante n’a été ajoutée que très récemment. J’y répertorie mes intrigues ouvertes. Celles que j’estime devoir fermer plus tard dans le roman. Autrement dit, les questions auxquelles je devrai apporter une réponse. Pratique pour ne rien oublier, car c’est le principal problème quand on est jardinière ou exploratrice.

Trouver le juste équilibre

Pourquoi ce plan est-il évolutif ? Eh bien, déjà, parce qu’il s’adapte à mes besoins tels qu’ils m’apparaissent au fil de la rédaction. J’ajoute régulièrement des colonnes, qui se remplissent petit à petit, parfois pas (eh oui !). Comme je l’ai déjà mentionné, mes descriptions de chapitre sont suffisamment courtes pour entretenir la surprise et l’émerveillement, tout en me permettant de fixer des jalons dans mon histoire.

Pour moi, le juste équilibre a été de ne pas me forcer à compléter tous les chapitres en amont. Parfois, j’ai un enchaînement de plusieurs chapitres qui me semble limpide, même s’il se situe à la fin du roman, et parfois, c’est tout le contraire. Je ne force rien, je ne vais pas à contre-courant de mes envies ni de mon intuition. La plupart du temps, les choses se débloquent en temps et en heure.

Finalement, ce que mon plan a de si original, c’est peut-être… qu’il se remplit pour la plus grande partie après la phase d’écriture !

Et vous ? Quelle méthode utilisez-vous ? Est-ce qu’Excel est l’ami de vos romans ? À quoi ressemblent vos plans ?

Photo by Med Badr Chemmaoui on Unsplash

6 Comments

  • L'Astre

    C’est hyper intéressant comme façon de faire ! Est-ce que au départ tu as une description (même vague) pour l’ensemble de tes chapitres, quitte à en ajouter ou en supprimer certains en route ? Plus précisément, est-ce que tu as une idée claire de ta fin et du chemin pour y aller ? Ou est-ce que tu improvises au fur et à mesure ?

    En tout cas je suis ravie que tu aies trouvé ton bonheur avec Excel 🙂 C’est sûr que ce n’est pas l’outil le plus folichon, mais au moins on ne se prend pas la tête avec plein de fonctionnalités !

    • Elodie

      Non, justement ! C’est assez drôle parce que je sais à peu près combien de chapitres il y aura, 35. Ensuite je place mes jalons, les événements un peu marquants dont je suis déjà certaine. Parfois je sais en amont ce qu’il y aura aux chapitres 19 à 22 puis ensuite j’ai un gros trou jusqu’à 28. Je sais que ce trou-là se remplira sûrement autour du chapitre 20. Et je connais à peu près ma fin, en effet ! Pas forcément dans le détail, mais je sais où je vais.

      Oui je suis complètement d’accord ! Il est très neutre et simple d’utilisation, je l’utilise aussi pour le suivi de mes corrections selon le modèle que tu avais partagé.

        • Elodie

          Eh bien, dit comme ça… Oui, je te comprends haha ! C’est beaucoup de l’instinct, un peu de la structure en actes qui m’aide à percevoir le rythme de mon récit. Il y a des choses dont j’ai conscience, sans trop savoir d’où ça vient.

          Contente que tu aies trouvé l’article intéressant !

  • Kerjul fait de la prose

    C’est intéressant comme façon de procéder ! C’est vrai qu’on ne voit pas souvent de « jardiniers » exposer leur méthode (comme si le fait d’être jardinier empêchait tout méthode, alors que bon, j’imagine que non !)… tant que ça fonctionne pour toi, c’est le principal 🙂

    • Elodie

      C’est super gentil ! Je trouve aussi qu’on ne voit pas beaucoup de jardiniers expliquer comment ils travaillent, et je me sentais un peu seule quand je cherchais des conseils. J’espère que mes articles pourront aider des auteur.ice.s !

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