L’autoédition, ses obstacles et ses richesses

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Ces dernières années, l’autoédition n’a cessé de creuser son sillon dans le paysage littéraire français. C’est un tel phénomène, qu’on a tous dans notre entourage une connaissance qui a tenté l’aventure ou s’apprête à le faire. Pourtant, ce système a toujours mauvaise presse dans le monde de l’édition « traditionnelle ». Je vous encourage d’ailleurs à lire l’excellent article d’Amélie Antoine sur le sujet.

Mais aujourd’hui, c’est un éclairage beaucoup plus personnel que je souhaite vous livrer. Cela ne vous aura pas échappé : je suis moi-même une auteure autoéditée. Et en lisant l’article suscité, j’ai eu très envie de partager avec vous ma propre d’expérience de l’autoédition : ses difficultés, ses déceptions, mais aussi ses joies et ses apprentissages.

L’envie de se lancer

J’ai fait le choix de m’autoéditer à l’été 2014. A cette époque, je travaillais sur un recueil de poésie dans lequel chaque poème répond à une photographie prise lors de mes voyages. J’étais en école de commerce, pleine de motivation et de temps libre. Je n’ai pas hésité longtemps avant de me lancer, et ce pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, ce recueil devait être imprimé en couleurs pour rendre justice aux photographies. Etant donné qu’il ne correspondait à la ligne éditoriale d’aucune maison d’édition, j’ai vite compris que ce serait un vrai parcours du combattant d’essayer de le caser quelque part. D’autant plus qu’en poésie, les éditeurs n’ont pas forcément plus de moyens que les auteurs…
  • N’ayant jamais publié quoique ce soit, je ne me sentais pas légitime dans mon rôle d’auteure. De plus, je n’étais pas prête à attendre pendant des mois des lettres de refus qu’on ne daignerait peut-être même pas m’envoyer. Surtout pour un projet aussi court et intimiste.
  • J’avais envie de rester maître de mes choix, quitte à faire des erreurs. J’étais curieuse et j’avais une grande volonté d’apprendre par moi-même.

Un parcours initiatique

Très rapidement, mon choix s’est porté sur la plateforme TheBookEdition pour sa simplicité d’utilisation et la grande liberté qu’elle permet dans la création des ouvrages. Avec le recul, je ne regrette vraiment pas de leur avoir fait confiance car la qualité d’impression est au rendez-vous – pour des prix de fabrication raisonnables. J’ai donc créé mon recueil, de A à Z :

  • Relecture et correction du texte
  • Mise en page des poèmes et des photographies attenantes dans InDesign
  • Design de la couverture à partir d’une de mes photographies
  • Démarches administratives (demande d’ISBN, dépôt à la BnF)

Rigueur et perfectionnisme sont, selon moi, les deux impératifs de l’auteur autoédité. Pourquoi ? Tout simplement parce que le parcours vers l’autoédition est semé d’embuches. Des tas de compétences que vous ne possédez pas s’y révèleront nécessaires. Et si vous n’avez pas l’auto-discipline d’apprendre à les maîtriser, votre livre n’aura aucune crédibilité. Je suis intimement convaincue que pour avoir un sens, l’autoédition ne doit pas se faire au détriment de la qualité.

Ô, solitude ennemie

Finalement, ce que j’ai trouvé le plus difficile dans l’autoédition, c’est la solitude. Le marché du livre est un océan, et moi, je me sentais l’âme d’un poisson. Il est très difficile d’établir des liens avec les lecteurs car eux-mêmes sont submergés de sollicitations. Alors même si ce n’est pas dans ma nature, j’ai appris à démarcher des blogueurs, des librairies, des magazines. Certains d’entre eux ont accepté de chroniquer mon recueil. J’ai même eu droit à une interview dans un journal à destination des étudiants. Bien sûr, j’ai fait toutes ces démarches à petite échelle. Je n’étais pas naïve : c’est déjà compliqué pour un roman, alors un recueil de poésie… C’était une remise en question permanente.

Aujourd’hui, je sais exactement les choses que je ferais différemment. Tout d’abord, je prendrais beaucoup plus mon temps pour le choix du titre. Je me dis que j’aurais pu faire mieux que Impressions Lointaines, même si sur le coup c’était comme une évidence. Ensuite, j’organiserais davantage la promotion de mon livre, notamment à travers un blog. En autoédition, on ne livre pas seulement un produit fini. On livre aussi toute l’histoire de sa création. C’est très important car cette proximité est la seule manière de compenser votre absence des circuits de distribution traditionnels.

L’autoédition, une expérience riche

Au-delà de ces difficultés, l’autoédition reste, selon moi, une fabuleuse expérience. Je n’en retire que du positif :

  • Tout d’abord, elle m’a considérablement aidée à assumer mon rôle d’auteure. Maintenant, je sais que des inconnus peuvent acheter mes écrits, et les apprécier. Cela peut paraître négligeable, mais dans mon cas, le pas de la professionnalisation était difficile à faire par manque de confiance en ma plume. L’autoédition a balayé ces hésitations.
  • Ensuite, elle m’a familiarisée avec toutes les étapes de la création d’un livre. A présent, je sais quelles sont mes limites. Je sais dans quels domaines j’aurai besoin d’aide pour mes prochaines expériences. Je comprends aussi beaucoup mieux les enjeux qui se posent pour une maison d’édition. Cela me rend plus sûre de moi-même dans mes différentes démarches.
  • Enfin, il ne faut pas se mentir : c’est quand même une sacrée fierté de voir son livre dans un catalogue en ligne. Si je ne devais garder qu’une seule chose de cette expérience, c’est l’email que m’a envoyé un inconnu, un jour, pour me dire qu’il avait adoré mon recueil et qu’il fallait que je persévère dans cette voie. La spontanéité et la gentillesse de cette démarche m’ont vraiment touchée. La proximité avec les lecteurs est la plus belle des consécrations pour un autoédité. 

N’hésitez pas à réagir à cet article en commentaire ! Je suis curieuse de savoir comment vous avez vécu l’autoédition, ce que vous en avez retiré et ce que vous avez trouvé le plus difficile. En attendant d’en discuter avec vous, je vous laisse sur l’aboutissement de ma propre expérience :

2 commentaires sur “L’autoédition, ses obstacles et ses richesses

  1. Je trouve passionnant ton retour d’expérience d’auto-édition. C’est une voie qui m’attire beaucoup parce que j’ai à la fois envie de partager mes écrits sous format papier, et envie de garder la mainmise sur la réalisation de l’objet. Je suis une maniaque de la mise en page et des corrections, du coup, j’aime beaucoup le concept.

    Ce que tu dis sur la solitude ennemie est intéressant : je discutais avec une copine auto-éditée également qui me disait qu’à l’heure actuelle, en France, il y a sans doute, proportionnellement, autant d’auteurs que de lecteurs (des auteurs qui ne lisent pas ou peu, ça se voit, et nombre de lecteurs sont aussi des auteurs), de sorte qu’il est en effet très difficile de trouver un public. Les textes auto-édités circulent donc assez souvent en vase clos, c’est à dire que ça marche par connaissances, et bien sur par démarches auprès des libraires et compagnie.

    En tous cas, tu as bien raison d’être fière de toi ^^ C’est un pas important que celui de la mise en circulation de ses textes et photographies ^^ Je découvrirai ça un de ces jours, d’ailleurs : impressions lointaines est toujours sur ma pile à lire =)

    1. Clairement, je pense que le ratio auteurs/lecteurs n’est pas du tout à notre avantage. Du coup, bien souvent, si tu sors des carcans des genres « traditionnels » (typiquement, moi, je n’étais pas tout à fait en poésie et pas tout à fait en photographie) et du chemin consacré (la maison d’édition), tu as peu de chance de faire ta place auprès des lecteurs. Et je dis « faire ta place » parce que pour moi, ç’a été une vraie bataille. J’ai dû apprendre à me vendre et me faire violence. Et le souci, c’est qu’un auteur n’est pas toujours le mieux placé pour se vendre aux yeux des gens (forcément, s’il a écrit le bouquin, comment pourrait-il être objectif sur sa qualité ?). Mais bon, de manière générale, je pense que même dans une petite ME, l’auteur est obligé d’assumer une part de promotion. Certaines maisons ont tellement peu de moyens…

      Après, c’est une expérience qui a tout plein d’avantages et je comprends totalement que tu veuilles tenter pour ton roman, surtout que j’ai cru comprendre que c’était un projet très personnel. Moi j’avoue que quand j’aurai fini mon roman, je l’enverrai en priorité aux ME, principalement par « confort ». L’autoédition restera ma dernière option car j’ai envie de tenter aussi l’aventure éditoriale. C’est en testant qu’on apprend !

      (n’hésite pas si tu as des questions sur l’autoédition, du coup. je ne suis pas une spécialiste mais qui sait, j’aurai peut-être la réponse)

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