J’ai le droit à la paresse

Catégories Réflexions sur l'écriture

Hier soir, je regardais un des Vlog Nano hebdomadaires de Lilibouquine. Elle y parle de son rythme trop lent d’écriture, de ses difficultés à libérer du temps pour son roman. Mais aussi de sa tendance à se disperser quand elle écrit. Toutes ces choses qui nous font culpabiliser et finissent par nous faire couler. Comme je me suis pas mal reconnue dans ses mots, j’ai eu très envie de vous en faire un article. C’est d’autant plus important qu’il s’agit du premier article que je vous poste depuis un mois et demi, et que j’avais besoin d’un souffle d’ondes positives.

(Dé)pressions

Ces derniers mois, j’ai sombré dans un vortex de négativité. Au-delà de problèmes personnels qui m’ont pas mal affectée, y compris dans ma pratique de l’écriture, j’ai eu un long moment de découragement par rapport à mon projet de roman. Pas un seul mot écrit en plus de deux mois. Pas une seule idée. Le vide créatif. Et c’est bien connu, dans ces périodes, on est rarement tendre envers soi-même. Soudain, je n’étais plus sûre de pouvoir terminer mon roman. J’étouffais sous une certaine image de l’autrice parfaite. Elle a fini par détruire jusqu’à mon envie d’écrire. Et laissez-moi vous dire une chose : je ne veux plus jamais que ça m’arrive.

Portrait de l’autrice parfaite

by Estée Janssens

Avant toute chose, l’autrice parfaite est organisée. Elle planifie son intrigue, au moins dans les grandes lignes. Elle tient des fiches pour ses personnages, grâce auxquelles elle ne galère pas à se souvenir de leur couleur de cheveux. Bien sûr, elle sait comment se termine son histoire. Comment se lancer dans le voyage sans connaître la destination ? Elle est aussi tenace : elle ne se décourage pas dans les moments de vide. Du coup, elle écrit tous les jours, quelques centaines de mots, peut-être plus. Elle s’organise des séances d’écriture pendant lesquelles elle ne fait que ça. Concentrée sur son objectif. Imperturbable. Oh, et elle participe au Nano.

Bref, je pense que vous avez compris l’idée. Ce sont des conseils qu’on peut lire partout. Bien sûr, chacun d’entre eux est tout à fait pertinent. C’est juste que pris tous ensemble, ils représentent une pression folle pour ceux et celles pour qui ce n’est pas naturel. Et je ne pense pas être la seule à me sentir un peu submergée de temps à autre.

Embrasser son rythme créatif

Je ne suis pas du tout cette autrice parfaite. Comme je l’ai déjà expliqué, j’ai beaucoup de mal à planifier mon intrigue et j’ai tendance à me laisser porter par le courant. Je tenais un BuJo dans le temps mais je l’ai vite abandonné. Je suis une personne très dispersée quand il s’agit d’écriture : sur une heure où mon Google Drive est ouvert, vous pouvez être sûrs que j’en ai passé les trois quarts à traîner sur des blogs, sur YouTube, sur mon forum… Les bonnes journées, j’arrive à peine aux 500 mots. De plus, quand je n’ai pas envie d’écrire, je ne me force pas. Et je n’ai plus honte de dire que cela m’arrive souvent.

Avoir une passion ne signifie pas que tout est toujours rose, au contraire. Nous vivons dans une société où il est de plus en plus difficile de reconnaître les difficultés que l’on rencontre. Et ce que j’aimerais transmettre dans cet article, c’est l’idée qu’il ne faut pas culpabiliser d’écrire lentement, d’être déconcentré, de ne pas y arriver. Chacun a son propre tempo interne, et le mieux à faire est de l’apprivoiser.

Les 3 règles d’or de l’autrice sereine

by Galen Crout

Ce qui m’emmène à ces trois conseils que j’essaie d’appliquer à ma propre pratique de l’écriture afin de l’aborder avec davantage de sérénité :

1/ Cesse de quantifier ton écriture. Pourcentage, nombre de mots, nombre de signes… ne sont pas le cœur de tes écrits. Un roman n’est pas une accumulation de mots, mais plutôt un ouvrage de tisserand, une matière qui évolue perpétuellement. Pourrait-on quantifier l’avancement d’une sculpture ? D’une peinture ? « Aujourd’hui j’ai donné 53 coups de pinceaux, je suis satisfaite de moi-même ! » Non, bien sûr. Alors cesse de le faire avec tes romans si cela ne t’aide pas.

2/ Si tu n’as pas envie d’écrire… fais autre chose ! Il y a tellement de choses qui peuvent nourrir une pratique créative : lire, écouter de la musique, regarder des séries, voyager, s’occuper de son chez-soi… Si tu es plus d’humeur à faire toutes ces choses qu’à écrire, ce n’est pas un problème. Inconsciemment, tu cherches peut-être à te nourrir de nouvelles idées, expériences… Et si tu as juste besoin de glandouiller, ce n’est pas un problème non plus. Embrasse tes envies plutôt que de culpabiliser !

3/ Cesse de te comparer aux autres. Oui, celui d’à côté avance beaucoup plus vite que toi. Oui, il a peut-être de meilleures idées, un roman plus abouti. Et ces pensées seraient sûrement très pertinentes si écrire était une compétition. Mais ça n’en est pas une. Il peut y avoir plusieurs randonneurs sur la même montagne. Que gagne celui qui atteint le sommet le premier ? Rien. Suis ton propre chemin, même s’il est fait de détours, tant que tu profites de la promenade.

Et vous ?

En attendant un prochain article, j’espère que ces quelques pensées vous seront aussi utiles qu’à moi. Parce que c’est important, de temps en temps, d’embrasser ses faiblesses plutôt que de les cacher.

Et vous ? Vous arrive-t-il parfois d’avoir des périodes de vide créatif dont vous peinez à sortir ? Comment gérez-vous toutes les pressions qui animent la vie d’auteur.e ?

9 commentaires sur “J’ai le droit à la paresse

  1. Je suis d’accord avec ce que tu dis. On se met trop de pression et ça tue la créativité. À force de vouloir être trop parfait dans notre écriture, on en vient à ne plus être capable d’écrire un mot. Je pense qu’on doit arrêter de vouloir être ce que nous ne sommes pas. Et ce n’est pas parce que nous ne sommes pas l’autre personne à coté de nous, que nous notre écriture n’est pas légitime. Tu as raison avec tes trois points et je pense que l’appliquer aidera grandement à écrire. Plus on se sent libre, plus on est créatif. Je suis certaine que beaucoup de monde vont se reconnaître dans tes mots et que ceux-ci les aideront.

    Éphé –

    1. Ça me fait plaisir que tu sois venue le lire <3
      On dirait pas, mais mine de rien, c'est la première chose que j'écris depuis longtemps. Je me sentais rouillée et j'avais envie d'un article déculpabilisant. J'espère que tu parviendras à avancer sereinement dans ton roman !

  2. Tu as raison d’avoir rappelé tout ça, l’écriture s’est mise au pas du reste de la société en devenant elle aussi histoire de rendement, de productivité, de chiffres (nombre de signes, de mots, de chapitres écrits, de textes publiés…), et c’est regrettable. Comme tu le soulignes, certaines personnes ont des façons de fonctionner différentes, des rythmes et des processus créatifs qui ne sauraient souffrir ces exigences arithmétiques qui font peser une pression folle sur les épaules des auteur•e•s, aspirants ou confirmés. Certain•e•s auteur•e•s sont naturellement productifs (Stephen King ou Bernard Werber par exemple), d’autres ne sortent un roman que tous les 36 de l’an mille, et cela ne retire rien à leur(s) qualité(s) d’auteur•e•s.

    Il appartient à chacun de trouver son rythme d’écriture, entre respect de son mode de fonctionnement créatif et progression dans le projet. Je suis du genre à dire comme toi « quand ça ne veut vraiment pas, ne vous forcez pas à écrire, faites autre chose, sortez, voyez des amis, allez au ciné, changez d’air, vous ne devriez revenir que mieux disposé•e•s à votre table de travail », mais il ne s’agit pas non plus de prendre systématiquement la tangente, sinon le projet n’avance(ra) jamais, on se démoralise, on a encore moins envie d’écrire, et le tapuscrit finit oublié au fin fond de notre disque dur…

    Parfois, je pense qu’il faut quand même se faire violence sur le principe de « l’appétit vient en mangeant ». Ne pas avoir envie d’écrire est tout à fait exceptionnel chez moi, mes histoires et leurs personnages sont toujours en train de tournicoter dans un coin de mon cerveau, impatients que je m’occupe d’eux, mais il arrive que certains passages me motivent moins que d’autres car j’ai peur de les rater, ou parce qu’il me semble que des éléments m’échappent encore pour pouvoir optimiser la scène. Dans ce cas là, je n’écris pas le passage en question, mais je laisse décanter en commençant un petit texte sur l’un ou l’autre de mes personnages, sur des anecdotes de leur vie que je me réserverai, ou alors sur des passages « en coulisses » que le lecteur ne verra pas dans le roman, mais qui se seront passés dans l’histoire. En général, ça m’aide à me décoincer pour le passage problématique car soit ça me fait réfléchir directement au problème, soit ça distrait mon cerveau pendant que mon inconscient continue à décanter les idées en arrière plan…

    Une autre astuce qui marche bien aussi pour moi : la musique. J’écoute des morceaux (chansons ou instru) qui m’évoquent puissamment mon histoire. Pour « Les Ombres de Rome », mon premier roman, je me suis carrément créé une playlist dédiée. Quand les musiques démarrent, je suis aussitôt projeté dans l’univers de mon roman, c’est assez magique.

    Et sinon, dans l’hypothèse horrifiante et apocalyptique du Grand Vide Créatif, j’applique la stratégie du « changer d’air » le temps nécessaire. Je viens justement de passer une telle période car j’ai perdu l’un de mes chats il y a quelques jours (noyé dans la réserve d’eau des voisins 🙁 ), et avec le choc et l’émotion, j’ai été vraiment mal… Je n’ai plus écrit un mot depuis des jours, je n’en avais même plus envie, mais je m’y remets doucement aujourd’hui. L’envie n’est toujours pas revenue, je suis toujours noyé dans mon chagrin et dans une certaine culpabilité de ne pas avoir été là pour la bête à l’instant fatidique, quand elle avait si désespérément besoin de secours, mais j’ai conscience que rester à pleurer ne la fera pas revenir. Et surtout, je sais que seule l’écriture m’offrira un véritable refuge contre la douleur en me permettant une évasion littérale hors de notre monde.

    Cet aprem, je reprends donc la réécriture du roman en me disant que si je bloque (autre astuce), je passerai sur un texte plus « décontracté » en me mettant en mode NaNo pour de l’écriture au kilomètre sans prise de tête.

    Le tout, c’est de reprendre l’écriture. Ne pas s’enliser éternellement dans la fuite. Cela demande une certaine discipline, mais quel bonheur c’est d’avancer…

    1. Wow, merci pour ce super commentaire ! En fait, cette histoire de chiffres m’a marquée quand j’étais en cours de peinture. Je me suis rendu compte que quand je peins, je ne cherche jamais à quantifier mon avancement. Je peins, et puis je vois… Quand j’estime que c’est terminé, j’arrête, mais à aucun moment je ne cherche à savoir combien d’heures le tableau m’a pris. Du coup, j’ai décidé de moins me prendre la tête, de ne plus compter les signes écrits par jour ni calculer de pourcentage d’avancement. Je verrai bien si cela me convient mieux.

      Oh mon dieu… J’ai moi aussi perdu mon chat, Simba, mardi… Il a été mordu par le chat de la voisine en octobre dernier et il a attrapé la leucose… Il en est mort après quelques mois, d’un lymphome. D’où le fait que depuis janvier, quand la maladie s’est déclarée, j’ai perdu à la fois l’envie d’écrire et l’envie d’avancer. Mine de rien, c’est pour moi un gros traumatisme et j’ai du mal à faire le deuil, surtout qu’il n’avait que 3 ans et qu’il est mort à cause d’une imbécile qui laissait un chat contaminé en liberté.

      Je dirais que l’écriture est tellement intime qu’elle est forcément très liée à nos états d’âme, et il y a des moments où l’on sombre et l’écriture n’a plus sa place. Je pense qu’il est important d’embrasser ces moments, de les comprendre et de les accepter le temps qu’ils passent. Mais comme tu dis, il est aussi important de comprendre quand s’y remettre. C’est tout une temporalité interne qu’il faut apprivoiser, sans jamais culpabiliser d’avoir besoin de temps, de repos, d’une coupure.

      De mon côté, c’est tout bête mais c’est un second projet de roman qui m’a donné envie de m’y remettre. Ce drame que j’ai traversé m’a donné une nouvelle idée pour étoffer un des personnages d’Eclosions, donc je me dis que ce temps off n’était pas complètement infertile. En bref, il faut savoir quand s’enliser et il faut savoir quand s’en sortir !

      Encore désolée pour ton matou…

  3. Ah, et pour les histoires de comparaison, encore une fois, tu as entièrement raison. L’écriture n’est pas une course et c’est encore moins une compétition. La seule personne qu’il faudrait dépasser, c’est celle que nous étions hier 😉 Malheureusement, la jalousie et l’envie semble inhérentes à la nature humaine… J’ai parfois été déçu de certain•e•s ami•e•s qui m’ont fait des réflexions pas cool parce qu’iels me voyaient avancer dans mon projet et pas elleux, alors qu’iels auraient autant de temps que moi s’iels le voulaient. La seule différence entre nous, c’est qu’elleux choisissent de consacrer leur temps libre à d’autres loisirs qu’à l’écriture. Ce qui n’est pas un mal en soi, mais qui rend non pertinente la comparaison avec quelqu’un qui choisit de préférer l’écriture à tout le reste.

    Comme le disait Yannick A.R. Fradin durant son interview, tout est question de choix et de motivation.

    1. C’est tout à fait ça : une histoire de choix. De manière générale, j’ai beaucoup de mal avec l’excuse du manque de temps. Je trouve que les gens ont tendance à beaucoup l’utiliser. Sauf qu’en fait, le temps, on l’a toujours. Il suffit de vouloir le prendre. J’imagine que ça n’a pas dû être drôle pour toi d’avoir de telles réflexions. Ça m’est déjà arrivé de ressentir de telles frustrations, notamment pour des projets communs avec d’autres personnes qui me disaient ne pas avoir le temps, alors que c’était juste qu’ils faisaient passer ce projet tout en bas de la liste de leurs priorités. Bref, j’ai envie de dire, quand on écrit, le mieux est de ne pas se comparer aux autres.

  4. ça me fait plaisir de te lire à nouveau !
    Merci pour ce bel article (les commentaires sont très intéressants également). Depuis quelques mois j’ai la chance d’être dans une phase de belle motivation, je consacre plus de temps à l’écriture, mes projets avancent. Je fais partie de ces personnes insupportables qui sont organisées, font des fiches et comptent leurs mots 😉 Mais c’est parce que ça correspond à mon type de personnalité d’être motivée par les statistiques ! Et bien sûr, ça n’a pas de sens pour tout le monde (j’adore ta comparaison avec le nombre de coups de pinceaux ^^). Et ça n’est pas parce que j’y consacre du temps que ça fait de moi une autrice parfaite : je mets toujours dix ans à sortir le moindre roman, je suis en train de me rendre compte que mon premier jet est à jeter à 90% et que j’avais encore des gros problèmes d’intrigue, bref, c’est loin d’être gagné. Dans tous les cas écrire des livres est un travail long et fastidieux (peut-être que quand on aura toute une carrière d’écriture dans les pattes on sera plus efficaces mais en attendant, chacun fait comme il peut). Pour moi, l’important c’est surtout que je me fais plaisir et que j’ai l’impression de faire des progrès.
    En revanche je suis d’accord qu’il faut faire attention de ne pas arriver au point de négliger complètement son projet, voire d’avoir peur de se remettre à l’écriture à force de l’avoir trop longtemps abandonnée.

    (Et je suis désolée pour ton chat)

    1. Haha, non non, ne t’inquiète pas, ça ne fait pas du tout de toi quelqu’un d’agaçant ! Ce que je voulais dire dans l’article, c’est qu’il y a des tas de pressions qui pèsent sur nous, comme quoi il faut faire comme ci ou comme ça, et au final parfois il y a juste des méthodes qui ne nous correspondent pas, et ce n’est pas grave. Typiquement, je ne pense pas que ça corresponde à ma personnalité de compter mes mots, pourtant je l’ai toujours fait pour ce roman, comme si c’était naturel. Et ça m’a menée à beaucoup de frustrations.
      Je pense que l’autrice parfaite n’existe pas ^^, elle est simplement l’image de l’autrice que j’aimerais être et que je ne suis pas. Ce qui ne veut pas dire que je n’arriverai pas au bout, un jour. Chacun doit trouver son chemin. Il y a quelque chose de rassurant à marcher dans les pas de quelqu’un d’autre, c’est pour ça que je suis toujours à la recherche de conseils etc. Mais je crois qu’il est temps que j’apprenne à sortir des sentiers battus et trouver ma propre méthode. ^^
      En tout cas, contente de te lire dans les commentaires ! J’espère être plus régulière à partir de maintenant.

      (merci <3)

  5. Quelle belle transition que de passer de l’autrice parfaite à l’autrice sereine <3
    Très heureuse de te revoir Envolée <3

    C'est un tout petit commentaire, mais je suis ravie de te revoir !

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