La bêta-lecture : mode d’emploi

Catégories Vie de lectrice

Il y a quelques semaines, j’ai proposé à Auriane, du blog L’encre et la bannière, d’être bêta-lectrice pour son roman Légitimes. Pour être honnête, à ce moment-là, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais ni si je pourrais lui apporter quelque chose de constructif. Quoiqu’il en soit, je me suis lancée, j’ai lu les huit premiers chapitres de son roman. Au fur et à mesure, je me suis sentie de plus en plus à l’aise avec le rôle de bêta-lectrice. Aujourd’hui, je fais l’état des lieux des choses que j’ai comprises sur la bêta-lecture en espérant que ça pourra servir à d’autres personnes qui, comme moi, aimeraient offrir leur aide à un auteur.

Un bêta-lecteur n’est pas un lecteur

Hein ?

Oui, vous avez bien lu.

J’imagine que certaines personnes se lancent dans l’aventure en se disant « j’aime lire, alors pourquoi pas ? ». Oui, mais non. Etre amateur de lecture est, certes, une condition nécessaire pour être bêta-lecteur, mais elle est loin d’être suffisante. Tout simplement parce que l’expérience n’est pas la même. Personnellement, quand je me laisse emporter dans un roman, je ne pense qu’à une chose : le savourer jusqu’à la dernière page. Il est rare que je m’arrête pour me dire « ah tiens, ça c’est mal écrit » ou « ça aurait pu être fait différemment ». Bien sûr, j’ai la sensation d’apprécier (ou pas) l’histoire que je suis en train de lire. Et je suis tout à fait capable de rédiger un avis détaillé sur ma lecture. Mais je vois le texte comme quelque chose de figé, qui m’a été livré d’une certaine manière et qui n’évoluera plus.

Dans une bêta-lecture, au contraire, on vous envoie un roman qui, par nature, sera amené à changer. Qui VEUT changer. Cela nécessite un œil bien différent. Pas seulement critique, mais constructif. Après deux chapitres en bêta-lecture, j’ai réalisé que je n’avais pas le droit de me laisser emporter. Les chapitres que j’appréciais le plus étaient ceux dans lesquels je mettais le moins de commentaires. Je me suis alors demandé si un retour à base de « ouais, c’était cool, j’ai adoré » serait utile à la personne. Spoiler alerte : la réponse est non. Je me suis donc forcée à adopter un œil constructif. Je pense qu’il est important de signaler ce qu’on aime (ou pas) au moment où on le lit. En effet, cela permet à l’auteur de voir comment son texte entre en résonnance chez un lecteur, ce qu’il suscite.

Une bêta-lecture est chronophage

Oui, oui. Peut-être que j’enfonce une porte ouverte. Mais je me dis qu’il faut vraiment en avoir conscience avant de proposer son aide à un auteur. Je pense que certaines personnes se lancent dans l’aventure pour de mauvaises raisons. La curiosité de voir ce que vous avez écrit, par exemple. Mais elles oublient ensuite que cela nécessite une réelle implication. Imaginez le temps que vous prend la lecture d’un roman. Imaginez ensuite le temps que cela vous prendrait si vous vous arrêtiez régulièrement pour écrire des suggestions. Et si vous repreniez chaque chapitre deux, trois fois, pour bien vous en imprégner. Voilà. Ca, c’est la bête-lecture (à mon sens, en tout cas).

Quand j’ai commencé, je ne pensais pas que cela serait aussi chronophage. Pourtant, après presque deux mois, je n’ai lu que huit chapitres sur les vingt-et-un du roman qu’Auriane m’a envoyé. Et je ne suis pas encore totalement satisfaite du retour que je lui prépare. Je vais donc probablement repasser une fois de plus sur ses premiers chapitres.

Conclusion ? Ne proposez pas votre aide si vous êtes débordé, ou si comptez faire ça en dilettante. Dans ces cas-là, s’abstenir est mieux que de faire un retour pauvre ou incomplet.

Une bêta-lecture est bienveillante

C’est important de le souligner. Le but n’est pas de se montrer critique à tout prix. Un bêta-lecteur a le droit de ne pas aimer le roman sur lequel il travaille, mais il doit tendre vers l’objectivité. En somme, si vous n’aimez pas, gardez en tête que vous n’êtes peut-être pas le lecteur cible. Cela rejoint un peu mon premier point. Être un bêta-lecteur, c’est devenir un lecteur lambda. Personnellement, je considère que je dois apprécier le roman même s’il n’est pas à mon goût. Cela signifie que je dois lui accorder la même attention, le même œil constructif.

Si un auteur vous a confié son roman en bêta-lecture, c’est une preuve de confiance. Vous ne pouvez pas briser cette confiance en répondant « tout est à réécrire » ou « c’est pas mon style de roman, j’ai pas aimé ». Pour vous aider à garder cette objectivité, vous pouvez vous poser les questions suivantes :

  • Est-ce que les personnages ont une identité suffisamment définie ?
  • L’univers est-il suffisamment cohérent ?
  • Est-ce que le style est fluide, facile à lire, et compréhensible ?

En s’appuyant sur ces critères, on se donne les armes pour construire un retour intéressant, et utile pour l’auteur. Indépendamment des préférences de genre. Je sais aussi que certains fonctionnent avec des fiches de lecture, et je pourrai essayer d’en trouver une intéressante si cela vous intéresse.

En somme, la meilleure chose à faire est encore de se demander : quel retour aimerais-je recevoir si c’était moi, l’auteur ? Posez-vous cette question, et je suis sûre que vous saurez rester bienveillant et constructif : la base de la bête-lecture.

 

Et vous ? Avez-vous déjà expérimenté la bêta-lecture ? Qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à me dire si vous voulez que je revienne sur certains points dans un prochain article !

 

8 commentaires sur “La bêta-lecture : mode d’emploi

  1. Très chouette article! Je le trouve même un peu émouvant… Tu dégages tant de délicatesse et de gentillesse que je suis touchée.
    Je ne pourrai pas te dire très exactement ce que je pense de tes retours tant que je ne les aurai pas vus, mais tu as largement surpassé toutes mes espérances en tant que bêta-lectrice, rien que par les efforts et le temps que tu consacres à ta tâche.
    J’espère quand même ne pas monopoliser tout ton temps, et ne pas avoir abusé dans ma demande :/

    1. Non non pas du tout, ne t’inquiète pas ! Déjà, si je me suis proposée c’est que ça me faisait plaisir, et puis j’aime bien faire les choses correctement quand je les fais.
      Merci pour ton commentaire. <3
      C'est vrai que je prends du temps, mais je me dis qu'au moins il y a une chance pour que mes commentaires t'apportent quelque chose !

  2. Article super intéressant sur lequel je te rejoins totalement =) J’ai bêta lu pas mal de textes pour des amis (allant de la nouvelle pour un appel à texte au roman auto-édité), et je plussoie tes conseils : c’est dur de ne pas se laisser emporter quand le roman est bon, or tu n’en as pas le droit en tant que bêta-lecteur (du coup je lis toujours les texte minimum deux fois : une fois pour la découverte, et pour noter les trucs sur lesquels je bute à la première lecture, et une deuxième fois pour chercher les petites bêtes. Parfois il faut même une troisième lecture ^^). Globalement, j’accompagne souvent mon retour de ce que j’ai fait pour Nini : une correction de la langue (avec en sus toutes les phrases que je trouve mal formulées, là je ne l’avais pas fait car il y avait déjà beaucoup à dire) et des questions ou remarques sur le fond ^^ C’est toujours délicat de juger du fond, je trouve, car c’est peut-être plus subjectif que la langue ^^ »

    1. C’est vrai que le fond est difficile à juger mais perso’ j’essaie toujours de le faire selon des critères un peu objectifs : la cohérence, le côté cliché, les relations entre les personnages… Au final, parfois, même sans juger, un retour peut être utile en aidant l’auteur à se rendre compte de telle ou telle chose.
      En tout cas, je pense que ce n’est pas facile de trouver de bons bêta-lecteurs. Pas facile non plus d’en être un !

  3. Bel article pour une belle expérience !
    J’ai moi aussi beaucoup bêta-lu, mais ne me suis pas encore réellement faite bêta-lire sur un projet vraiment important et suivi, pour la bonne est simple raison que je ne l’ai pas fini. Même si je n’imagine pas encore exactement comment organiser cette expérience, il est cependant assez certain que j’y aurai recours. Pour le moment j’évolue avec ce que je pourrais appeler des critic partners, soit d’autres écrivains qui me lisent et me commentent au fur et à mesure de mes premières corrections et qui m’ont permis de savoir si j’étais compréhensible. Ce sont aussi quelques retours ponctuels qui aident à rester motivée, et qui prépare à le terrain à la réécriture avant une soumission sérieuse à la bêta-lecture, en étant plus accès peut-être sur la forme que sur le fond.
    En tant que bêta lectrice, j’avoue avoir rarement rencontré le problème d’être emporté par ce que je lis. J’ai plutôt la réputation d’être assez intraitable et minutieuse, le tout avec humour pour dédramatiser autant que possible. Je fonctionne avec un code couleur lorsque je travaille sur un fichier texte (plus y a de couleurs, plus il y a de boulot !) ou alors avec un bon vieux stylo rouge sur papier. Généralement j’annote tout ce qui touche à la forme avec des blagues plus ou moins subtile, et j’ai pris l’habitude d’enregistrer mes commentaires et mes questions sur le fond en format audio, ce qui permet de pousser plus loin la réflexion sans perdre trop de temps ou de place à la rédiger entièrement. Puis c’est plus sympa, ça fait discutions. Je ne trouve pas le fond plus difficile à juger, mais c’est sans doute du fait de mes études en psycho : on a toujours quelque chose qui vient (des questions généralement ~) pour pousser de ce côté là, ou se laisser porter par la libre association et la libre interprétation. C’est souvent comme ça que je vais traiter la question du fond lorsque je sens qu’elle n’est pas tout à fait mature ou qu’il y a un manque dans son traitement en dehors des critères de cohérence élémentaire.
    Voilà, pour le moment, personne n’en est mort !

    1. J’évolue comme toi avec des « critic partners » (j’aime bien le nom que tu leur donnes haha !), étant donné que j’écris sur forum et que j’ai tendance à poster un chapitre dès qu’il est rédigé. Je pense aussi sur Wattpad mais c’est plus pour y avoir une vitrine que pour réellement y construire quelque chose. Je réfléchis déjà à l’article dont je t’ai parlé, sur les avantages et les inconvénients de recevoir des critiques pendant qu’on écrit un projet (trop d’idées d’articles !).

      Super idée que d’enregistrer tes remarques en audio. C’est peut-être aussi plus vivant pour l’auteur. Et j’aime bien ce que tu dis, sur le fait que le fond fait naître des questions. Au final, les questions sont beaucoup mieux que les critiques car elles permettent des réflexions.

      1. Il faut dire que ce qui est difficile avec le fond, si l’on veut, c’est que ça vient de quelque part, c’est nécessairement intime, on n’écrit jamais que sur soi, aussi fictif soit l’histoire qu’on raconte. De ce fait, je ne suis évidemment pas certaine que dire qu’on aime ou pas soit très pertinent, il vaut mieux se demander si on comprend bien, si on comprend au delà, et pousser l’auteur à aller chercher lui-même ce qu’il veut dire et faire entendre.

        J’attends cet article (et celui sur tes personnages aussi !) 😉
        ps : et ça y est, j’ai profité de ma dernière semaine de vacances pour me confectionner un petit blog, normalement on peut s’y rendre en cliquant sur mon pseudo 🙂

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